Synesthète

/Jeux privés/

– Quand je vous dis « aiguilles », vous pensez à quoi ?
Silence dans la salle de l’atelier « Needles and play ».
Moi je pense à ce soir d’automne avec Egon, à notre première séance le jour de son anniversaire et à ses rires qui m’agaçaient. Je le cravachais durement pour qu’il se taise, il n’est que tombé en se débattant, sans cesser de rire. J’ignorais alors que le rire lui vient comme le hoquet, hors de propos.
– Will you shut the fuck up?
Non, il ne voulait pas la boucler. Alors pour lui arracher ce silence qu’il refusait de me donner je l’ai attaché, jute et chanvre, 6 millimètres.
– Et maintenant, ai-je grincé, place aux choses sérieuses !
– Really? qu’il a fait, ne voyant guère ce qui pouvait être plus sérieux que les zébrures violettes de canne anglaise.
Son imagination ne parvenait pas à suppléer à son inexpérience. Sur un petit sourire vicieux, j’ai sorti les aiguilles.
– No! a-t-il hurlé.
– Non ? Je ne comprends pas. Soit tu me dis « orange » et j’ajuste ce qu’il y a à ajuster, soit « rouge » et je m’arrête sur le champ, mais « non, pitié, stop », je ne comprends pas… Sorry, sweetheart.
Egon se mit à rire de plus belle.
– Parfait, dis-je.

Le désinfectant sur sa peau, odeur de pharmacie ou de dispensaire,
le claquement des gants en latex sur mes doigts tortionnaires,
le petit bruit de l’emballage plastique déchiré,
le plop discret du tube plastique que je lâche sur le sol,
l’éclat argenté de l’aiguille, biseau vers le haut,
une légère poussée et la résistance de la chair qui s’ouvre, timide et sensuelle, avant de céder tout à coup comme un vagin trop étroit,
un crissement de soie froissée, feutré et aigu à la fois à mes oreilles, mon attention, mon être coulés dans le biseau pour mieux pénétrer mon amant.
« Synesthète de l’aiguille », j’ai pensé, avant-arrière-avant, va-et-vient de l’aiguille dans ce sein baisé au métal, et ces belles lèvres qui ne riaient plus mais criaient en m’implorant, moi la femme accroupie aux bites argentés, qui lui dit que rien ne peut être plus intime que ça, cette traversée du corps sans anesthésie, cette fusion de la chair et du métal.
Des gouttes de sang roulaient sur le torse d’Egon, magnifique tableau christique à la lueur des bougies.

– Quand je vous dis « aiguilles », vous pensez à quoi ? a-t-elle redemandé.
J’ai lâché à tue-tête :
– Bite !
Elle eut l’air interloquée.
– Bite ? Ah bon ? Je ne m’y attendais pas, à cette réponse !
Pourtant, c’est la seule qui fait pleinement sens pour moi. L’érotisme des uns est parfois comme le sens commun, le bien le moins partagé par les autres.

 

Écrit par Madame Lule, Dominatrice à Paris.
Tous droits réservés.

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