La bascule

« Madame, je voudrais que vous mettiez en scène la bascule. »
La bascule, c’est ce moment précis où le rapport dit « normal », d’égalité entre individus, change de cap comme de dynamique. Où moi, la femme, je prends l’ascendant sur l’homme pour édicter les règles d’une nouvelle hiérarchie : Maîtresse contre soumis, mon bon vouloir devenu roi – ou plutôt Reine – pour tirer avantage de sa reddition.

Pour certains amateurs de bascule, celle-ci implique un subtil changement de ton : ma voix qui se durcit, un ordre qui ne souffre aucun délai, un « tu » au lieu du « vous » que j’utilise volontiers en séance. À moins qu’il ne s’agisse d’un élément perturbateur destiné à semer le trouble ou l’effroi, à créer un cahot sur une route trop balisée :
– Buvez, je suis sûre que vous avez soif.
– Pas vraiment, Madame.
– Mais si. Buvez, vous dis-je ! (soumis qui avance la main vers son verre) J’ai sorti pour vous ma plus belle flûte en cristal (sourire du soumis sensible à cette attention). Et, oh, je vous l’ai remplie de pisse (frisson du corps du soumis, raidissement de ses doigts sur le verre, regard suppliant vers mon visage illuminé de douceur sadique). À votre santé !

Pour d’autres soumis, la bascule s’opère à partir d’un changement de décor ou de vêtements : une tenue du quotidien que je troque devant eux contre des atours qui codent l’ultra-féminité (décolleté, jupe courtes, porte-jarretelles, bas, escarpins), ou par ceux qui signent la « vraie » Dominatrice (robe en latex, cuissardes en vinyle, vêtements que je ne porte plus que très rarement) ; mon salon transformé en salle d’attente pour patients fébriles, où ma douloureuse consultation prendra place.

Parfois la bascule fait péter les plombs. Je me souviens de cet homme, à l’époque où j’acceptais encore des jeux de rôle où j’incarnais la maman. Il me voulait d’abord maman tendre, maman-gâteau qui accueille son fils à la sortie des classes. Puis, au bout de cinq minutes, maman qui s’éclipse pour revenir en Amazone bardée de cuir. Place alors à Maman perverse, Maman fouettarde, Maman incestueuse.
Je me souviendrai longtemps de lui en pleine régression sur mon tapis, recroquevillé comme un foetus la bave aux lèvres, à me contempler moi, la Reine de l’Univers, en criant :
– TU ES BELLE MAMAN !
J’ai regardé ma montre. Il restait 80 minutes de séance. Quatre-vingt interminables minutes.
Parfois la bascule est aussi mentale, dans de troubles profondeurs.

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