Albertine disparue

Il dit qu’en femme il s’appelle Albertine. Qu’il possède une perruque et des chaussures à talons. Qu’il les apportera et que je devrai me moquer de lui en homme, car il n’est pas viril, ou pas assez, et que partant, il camperait une meilleure femme qu’un homme.
Il précise qu’il est jeune, la trentaine, qu’il n’a jamais réalisé ses fantasmes ni conclu de rendez-vous avec une Maîtresse professionnelle. Je le crois sans peine au vu de ses questions :
« Madame, comment se passe une séance ? Dois-je entrer, vous donner l’argent et attendre debout sans rien faire ? »
Je le tranquillise. Pas d’inquiétude, je le guiderai de bout en bout parce qu’après tout il vient pour lâcher le contrôle, être pris en charge et s’abandonner à mes mains. Mais je sais aussi qu’il vient pour une raison plus profonde, si ce n’est impérative : faire exister une part de lui, la part d’Albertine qui n’a ni droit de vie ni voix au chapitre dans son espace professionnel, social, amical, ni même intime.
Aux yeux du monde Albert doit rester Albert et moi seule aurait le privilège de rencontrer Albertine.
Mieux, de la faire naître du néant.

Albert est debout dos aux bougies. Visage mince, épaules étroites, torse et jambes épilés, une carrure d’ablette ou de jeune fille. Il est ému. Il a peur. Jeans rabattu sur les genoux, il tremble si fort que la boucle de sa ceinture cliquette une gigue endiablée.
Ce simple son me transporte ailleurs,
dans des ports d’enfance lorsque des cables tintaient contre les mâts des voiliers,
sur des bateaux de plongée, cliquetis des bouteilles malmenées par la houle,
horizon bleu dans un univers en camaïeu de bleus,
clic-clic-clic de ceinture alors que je convoque Albertine,
les petits seins d’Albertine dont les tétons se hérissent sous mes ongles,
le clitoris d’Albertine si dur contre ma paume,
la vulve d’Albertine, fendue carmin, si excitée qu’elle goutte le long des cuisses,
le petit trou d’Albertine, sa virginité à déflorer en troussant sa robe,
Albertine qui plus tard sucera ma bite à genoux, écartera ses fesses et jouira en gerbes crues alors que fichée en elle jusqu’à la garde, je rendrai hommage à sa beauté docile.

Et à la fin, alors qu’il va se lever comme un ressort pour quitter le boudoir, j’applique ma main sur son front :
– Avant qu’Albert ne redevienne lui-même, remercions Albertine de sa visite et autorisons-la à prendre congé.
Pour parvenir au point d’équilibre, accomplir le rituel en sens inverse et laisser Albertine reprendre sa place parmi les ombres. Toujours saluer les esprits comme les âmes avant qu’ils ne nous quittent.


(Le titre est bien sûr un hommage à Proust, Marcel, et sa si célèbre recherche.)
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