À ma main

« Cher T.,
Auparavant nous n’aurions pas pu nous rencontrer, tes yeux auraient glissé sur mon annonce sans s’arrêter, pour une l’excellente raison que le fist faisait partie de mes limites non négociables. En pro… mais aussi en privé.

Jamais avant l’été 201* je n’avais fisté un homme. Une femme, si, mais vaginalement, et une seule fois – ce qui explique qu’entre ce fist et cette interaction intime, moi qui ne joue presque qu’avec des hommes, cette soirée-là, je m’en souviens encore.
Cette jeune femme m’avait m’abordée d’un « Oh, vous êtes dramatiquement belle ! », et l’adverbe avait si complètement, irrémédiablement, dramatiquement bouleversé le sens de sa phrase que je lui avais dit oui.

Quant au fist anal, il m’impressionnait, voire me dégoûtait. L’idée d’introduire une main (deux ?!) dans un rectum était aussi étrange qu’effrayante.
Peur de mal faire ou de faire mal.
Peur de blesser.
Peur de ma peur.
Pourtant mon esprit s’amusait de l’idée, fascination-répulsion qui était la preuve, sans doute, qu’il y avait quelque chose pour moi dans cette pratique.

Printemps 201*.
J’assiste en club à une scène marquante : une Domina fiste un homme installé sur une sling – tu sais, ces balançoires sur lesquelles on s’allonge, jambes grandes ouvertes, une installation classique dans les clubs gay.
L’homme est jeune, attirant. La Domina me confie qu’il est marié, que sa femme sait qu’il est là, pour vivre un plaisir qu’il ne peut pas avoir dans son couple, à la façon d’un extra qu’il s’offre de temps en temps.
Je la vois le préparer, je vois son plaisir à lui monter alors qu’elle le dilate, ses doigts puis sa main à elle s’enfonce à l’intérieur de lui qui crie, de douleur ou de plaisir, impossible à dire.
Il sniffe du poppers pour s’ouvrir davantage. Elle le pénètre au-delà du poignet et je les observe, médusée, mes yeux sautent du visage de l’homme au bras de la femme, du bras de la femme au visage de l’homme.
Une partie de moi scrute la scène en professionnelle, la quantité de lubrifiant nécessaire, la cadence des mouvements, l’alternance de douceur et de va-et-vient brutaux, l’absence d’érection de l’homme qui semble pourtant très loin, en extase, puis la rapidité de sa descente : une fois qu’il a joui du cul, elle doit retirer son bras, vite.
L’anus béant se referme comme une bouche.
Je suis troublée, si dramatiquement que la scène revient dans mes rêveries sans pour autant changer ma certitude : le fist, très peu pour moi, merci.

Un an plus tard.
Je me trouve à une post-jam de cordes dans un lieu désormais fermé. Je discute avec deux femmes qui deviendront des amies. Notre discussion, intime, est permise par la demi-obscurité, l’heure très tardive et la fatigue, le genre de moment magique où l’on se livre à coeur ouvert et qui fait bouger les lignes.
Comment le fist arrive-t-il sur le tatami ? Je ne sais plus. Je confie à mes interlocutrices ce que cette pratique provoque chez moi, la fascination-répulsion,
j’affirme que jamais je ne pourrai,
jamais oh mon dieu,
jamais mettre MA MAIN dans quelqu’un !!!

Ma véhémence les étonne. Elles savent que je suis Dominatrice professionnelle et mon blocage leur paraît étrange. Elles me parlent leurs expériences en tant que fisteuse et fistée, de confiance et d’abandon, de patience, de douceur, d’empathie, de tendresse, d’écoute, de partage, de communication, d’intense plaisir physique et psychologique, mental, émotionnel.
Je les écoute. Je les bois serait plus juste.
La discussion chemine dans ma tête pendant des semaines.

L’été arrive. Je reçois l’un de mes clients réguliers. Il n’est pas soumis, il aime la sensualité d’un corps de femme, la contrainte des liens et surtout l’anal. Avec lui pas de rôle de Maîtresse sévère à assurer, pas de decorum ni de tenues SM. J’apprécie.
Je le pénètre avec un doigt, deux, des godes de plus en plus gros, tous mes doigts rassemblés. Je sais qu’à continuer ainsi, nous arriverons au fist.
C’est ça que je veux, le fister. Q
u’il me laisse faire et même m’y invite m’excitent au plus haut point.
Ce fut une première pour tous les deux – sauf que moi, je ne lui ai pas dit. Les Dominas aussi ont leurs secrets.
Il repart chancelant, bouleversé, après m’avoir confié que le plus fort n’est ni la dilatation ni même le plaisir, mais l’idée d’être entièrement possédé, l’ascendant mental induit par mon poing à l’intérieur de lui, sa totale vulnérabilité.

Il n’est jamais revenu. J’ignore s’il y a un lien entre ceci et cela, le fist et son avalanche d’émotions.

Les mois suivants cultivent une certaine frustration. Soit mes partenaires ou clients s’opposent à la pénétration anale, soit le fist est impossible, ma main ne rentre pas.
Puis il y a toi, la jubilation de nos rencontres, puis…
Puis à présent c’est te fister qui m’obsède. Contempler ton cul, l’écarter, le contempler encore, le frôler et le sentir s’ouvrir, en percevoir toutes tes différences de texture,
tes muqueuses n’ont pas le même velouté que ta peau,
« velouté » c’est pile le mot, l’intérieur de toi est doux comme un bonbon.

La première image qui me vient quand je pense à ton cul,`c’est ma main, mes mains qui éclosent en toi comme des fleurs vénéneuses,
dramatiquement. »

 

Écrit par Madame Lule, Dominatrice à Paris.
Tous droits réservés.

 

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